Le solage, c’est la fondation. Et la fondation, c’est la licence 3.2.
Personne ne dit « solage » en France, et personne ne dit « fondation » chez un beau-père de Saint-Hyacinthe. Le mot désigne la même chose : la partie de la maison qui est dans la terre et qui porte tout le reste. Comme ce mot est celui que les gens tapent dans Google, autant l’expliquer.
De quoi il est fait, selon l’année de la maison
Pierre et mortier (avant 1920 en ville, plus tard à la campagne) : épais, respirant, imparfaitement étanche par construction. On ne l’injecte pas; on le rejointoie, on le draine, et on le laisse respirer.
Blocs de béton (grosso modo 1940 à 1975) : des blocs creux montés au mortier. Solides à la compression, faibles face à la poussée de la terre : c’est le solage qui fissure en escalier et qui bombe. L’eau passe par les joints et remplit les alvéoles.
Béton coulé (depuis les années 1960, la norme aujourd’hui) : un mur monolithique de 8 à 10 pouces sur une semelle. Il fissure verticalement en séchant, presque toujours sans gravité, et c’est le candidat idéal à l’injection.
Coffrage isolant (depuis 2000, surtout en construction neuve) : du béton coulé entre deux panneaux de polystyrène qui restent en place. Même béton, mais l’isolant cache la fissure, et il faut le découper pour la trouver.
Ce qui le fait bouger
Trois choses, presque toujours. L’eau : une nappe qui monte, un drain mort, une gouttière qui vide au pied du mur. Le gel : la terre mouillée qui prend en glace pousse sur le mur et soulève la semelle si elle n’est pas assez creuse. Le sol : l’argile de la mer de Champlain, sous la moitié des maisons du sud du Québec, gonfle quand elle boit et se rétracte quand elle sèche, et un arbre qui grandit à côté change l’équation d’une année à l’autre. La pyrite dans le remblai sous la dalle est un quatrième cas, réservé à certains secteurs.
Réparer ou refaire
Réparer, c’est le quotidien des 118 entreprises de fissures de l’annuaire : injection, scellement extérieur, membrane, pieux quand ça tasse. Refaire un solage, c’est lever la maison sur des poutres, démolir, couler à neuf, redescendre. Ça se fait, sur des maisons de pierre qu’on veut garder ou des solages de blocs qui ont trop bougé, et ça se chiffre en dizaines de milliers de dollars. Entre les deux, le sous-œuvre (creuser sous la semelle pour descendre la fondation, souvent pour gagner de la hauteur au sous-sol) est un chantier d’ingénieur.
La licence qui compte
Dans le vocabulaire de la Régie du bâtiment, un solage est un « petit ouvrage de béton » : sous-catégorie 3.2. La 3.1, « structures de béton », vise les ouvrages de génie civil et les gros bâtiments. Ce n’est pas elle qu’il faut chercher sur la licence d’un réparateur de fissures. Les 2.5 (excavation) et 2.6 (pieux et fondations spéciales) s’ajoutent selon les travaux. Un entrepreneur général 1.2 ou 1.3 les englobe. Le registre public dit en trente secondes qui détient quoi.
Et si la question est « de l’eau entre par mon solage », le guide de l’infiltration commence par trouver la porte.